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|  Histoire de la Numidie |  | Libyens et Numides Selon le témoignage ancien d'Hérodote, le "Père de l'Histoire", les Libyens étaient les habitants des pays compris entre la façade Atlantique de l'Afrique du Nord (Maroc) et l'Egypte (à l'ouest du Nil). Ils distinguaient parmi eux les pasteurs nomades et les agriculteurs sédentaires. Au Ve siècle avant J.-C., les Grecs considérent les Libyens comme les sujets autochtones du pays contrôlé par Carthage. A terme, le brassage culturel de ces "indigènes" avec les colons phéniciens va aboutir à la création d'une civilisation originale - la civilisation Punique. Ce dernier terme dérive de l'adjectif latin "Poeni" qui désigne les Phéniciens d'Occident chez les Romains. Les peuples autochtones sont appelés quant à eux "Afri" par les auteurs latins. Ces Libyens ou "Afri" sont considérés comme "voisins des Numides, mais non confondus avec eux". Les Numides sont les peuples berbères nomades qui parcouraient les territoires entre Carthage et les Colonnes d'Hercule selon le témoignage de Strabon. En Grec, le mot "nomade" signifie aussi bien "pasteur" que "nomade". En latin, la transcription devint "Numidae". Au IVe siècle avant J.-C., le principal royaume numide est celui des Masaesyles compris entre le fleuve Moulouya (Mulucha ou Molochath) à l'ouest et le cap Bougaroun et la presqu'île de Collo à l'est. A la fin du IIIe siècle avant J.-C., le roi Syphax dispose de deux capitales: Siga (Takembrit) du côté occidental et Cirta (Constantine) du côté oriental. Quant au royaume Massyle, à la même époque, c'est un ensemble plus modeste centré autour de la région côtière d'Hippo Regius (Annaba) avec un possible prolongement vers les cités tunisiennes de Dougga et Sicca Veneria (le Kef). De 203 à 193 avant J.-C., Massinissa, prince Massyle, récupère par la conquête l'ensemble des territoires numides. Il fonde alors un vaste royaume africain réputé dans tout le bassin méditerranéen, fusion des cultures grecques (ou hélléniques si l'on préfère), libyco-puniques et berbéro-numides. Ainsi, les élites numides maîtrisaient le grec, langue du grand commerce en particulier: la Numidie exportait massivement du blé mais aussi des denrées plus luxueuses (l'ivoire de Gétulie) vers les grandes places commerciales grecques comme Délos ou Rhodes. Des statues furent même élevées en l'honneur de Massinissa à Délos par des marchands athéniens et rhodiens! A Cirta, la capitale principale du royaume numide, des marchands grecs s'implantèrent et des produits grecs furent importés (amphores de Rhodes en particulier). Serge Lancel, le grand spécialiste de Carthage, précise toutefois:"Mais parallèlement, en Afrique, c'est le punique qui était la langue de culture, avec un statut proche de celui d'une langue officielle. Un indice de ce statut est fourni par les légendes monétaires, hautement représentatives du pouvoir régalien des monarques numides". En plus de ces deux langues officielles, les peuples d'Afrique du Nord parlaient et écrivaient le libyque - plusieurs formes d'écriture coexistent avant l'époque de Massinissa - mais la plus ancienne inscription datée correspond seulement au règne de Micipsa. Il s'agit d'une inscription bilingue (libyco-punique) trouvée à Dougga en Tunisie et datée de 138 avant J.-C. Elle évoque l'édification d'un sanctuaire en l'honneur de Massinissa divinisé.
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|  Vie de Massinissa |  | 238: Naissance du prince numide de Massylie Massinissa. 213: Le roi de Masaesylie (royaume numide à l'ouest de Cirta) Syphax s'empare de la Massylie. Le père de Massinissa, le roi Gaia, est expulsé de ses territoires (et se réfugie à Hippone?). Eduqué à Carthage, le jeune Massinissa tente de réagir avec l'aide de son ami le général carthaginois Hasdrubal Giscon. 212: En tant que chef d'une troupe de cavaliers redoutables, Massinissa sert les Barcides en Péninsule ibérique (Espagne) et obtient des victoires sur Rome. 206 : Mort du roi Gaia. Des membres de la famille de Massinissa (son oncle Ulzacen puis son cousin Lacumazes) usurpent le trône légitime du prince. Au printemps de cette même année, le général romain Scipion vainc définitivement les carthaginois d'Espagne à la bataille d'Ilipa. A l'été, l es généraux ennemis, Scipion et Hasdrubal Giscon, se retrouvent à Siga (Takembrit) pour solliciter l'alliance du puissant roi numide Syphax dans la perspective de porter le conflit romano-punique en Afrique. Hasdrubal emporte l'adhésion et conclut l'accord en faisant épouser sa fille, la superbe Sophonisbe, à Syphax pourtant promise à Massinissa. Cette décision aurait entraîné le revirement d'alliance du prince numide qui choisit le camp romain.Une alliance secrète est peut-être conclue à ce moment-là entre Scipion et Massinissa à Gadès (Espagne). Massinissa quitte alors l'Espagne, traverse le pays des Maures, et vainc Lacumazes près de Cirta puis occupe sa capitale Skikda (Rusicade) entre Chullu (Collo) et Hippo (Annaba) sur la côte maritime. 205: La réaction de la coalition Syphax-Carthage ne se fait pas attendre et la troupe de Massinissa est taillée en pièces. Massinissa et ses compagnons se réfugient dans les montagnes de Chullu (?) ou plus probablement dans la région de la Petite Syrte (golfe de Gabès) et mènent désormais des actions de pillage sur le territoire carthaginois. 204(été): Après avoir regroupé ses légions à Lilybée en Sicile, le général romain Scipion débarque sur le sol africain au Cap Bon et établit un camp permanent près d'Utique. Au même moment, après de nombreux échecs face à la puissance militaire de Carthage et de Syphax, Massinissa et ses fidèles cavaliers rejoignent le camp de Scipion. Une double attaque nocturne permet l'anéantissement des camps d'Hasdrubal et de Syphax. 203 (avril): Bataille rangée des "Grandes Plaines" dans la moyenne vallée de la Medjerda, à cinq jours de marche d'Utique et de Carthage (région de la Dakla vers Béja ou Souk el-Arba). L'armée romano-numide vainc l'armée carthago-numide. Massinissa et Laelius poursuivent Syphax jusqu'à Cirta et s'en emparent à l'automne.Massinissa reçoit les insignes royaux par Scipion au nom du Sénat. Peu après, l e légendaire Hannibal débarque à Hadrumetum (Sousse). Il reçoit l'alliance des chefs numides Tychaios et Vermina (fils de Syphax). Scipion bloque Carthage par voie de terre à partir de Tunis. 202 (automne): Bataille rangée de Zama (Jama près du Kef): Massinissa et ses 4000 cavaliers réussissent à découvrir l'aile gauche de l'armée d'Hannibal et à affaiblir le centre de la troupe. Selon Tite-Live, un duel au javelot (arme de prédilection des cavaliers africains) aurait même eu lieu entre Massinissa et Hannibal. Victoire définitive de Rome qui clôt la 2e guerre romano-punique. 201 (début): Traité de paix. Une des clauses prévoit "la restitution des terres de Massinissa à l'intérieur de frontières délimitées". Cette frontière pourrait correspondre à la ligne Tabarka-Mactar-Mahdia, surnommée aussi les "fosses puniques" ou "fossa regia", qui séparait le royaume de Numidie de la chôra carthaginoise (Tunisie du nord). Cette limite, posée par Rome, ne plaît pas à Massinissa qui considère selon le témoignage de Tite-live que "l'Afrique doit appartenir aux Africains" sous-entendu que Carthage a usurpé des terres qui appartenaient aux tribus berbères. Sa politique d'extension territoriale au cours de son long règne va être une des causes du déclenchement de la 3e et dernière guerre romano-punique. 200-193: Conquête définitive du royaume numide de Masaesylie. 174-172: Massinissa s'empare de plus de 70 cités "berbères" du territoire carthaginois. 164-162: Il s'empare de la zone des Emporia (cités de la petite Syrte ou golfe de Gabès) 153-151: Il conquiert la région des "Grandes Plaines" et le territoire de Tusca (région de Mactar). Cette dernière initiative fait réagir Carthage qui entreprend de se réarmer, violant ainsi le traité de 201. 150: Expulsion des chefs politiques pro-numides de Carthage. La guerre est déclarée à la Numidie. Malgré son âge très avancé, Massinissa monte encore à cheval et vainc Carthage à Oroscopa, près de la cité de Vaga (Béja) (?). Au même moment, sur les conseils emportés de Caton ("il faut détruire Carthage"), Rome intervient dans l'affaire dans le but d'arrêter la reconstruction militaire de Carthage mais aussi de freiner les ambitions de Massinissa en Afrique. 149: Débarquement de l'armée consulaire à Utique. 148 (janvier): Mort de Massinissa à l'âge de 90 ans. Selon ses voeux (ou ceux de Rome?), Scipion Emilien partage l'Etat numide entre les trois fils du roi: Micipsa (148-118) reçoit l'administration, Mastanabal (148-140) la justice et Gulussa (148-140) l'armée. 146 (avril): L'assaut final du siège de Carthage est donné: les légionnaires massacrent les habitants et détruisent la glorieuse cité. Création de la province romaine d'Afrique (future Afrique proconsulaire de l'époque impériale). 140-118: règne personnel de Micipsa.
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|  Les conquêtes de Massinissa en Afrique du Nord |  | | Dès le début de son règne, Massinissa n'a de cesse que d'agrandir son royaume. En 193 avant J.-C., il unifie la grande Numidie (Massylie+Masaesylie) en éliminant (?) Vermina, le fils de Syphax. Ainsi, il étend la frontière occidentale jusqu'au fleuve Mulucha (Moulouya) incorporant l'antique capitale royale numide de Siga (Takembrit). Vingt ans plus tard, il mène plusieurs raids militaires au coeur du territoire punique s'emparant successivement de 70 cités de Tunisie centrale (-172); des "Emporia" phénico-puniques (ex: Lepcis Magna en Libye)(-162); des riches terres à blé de la vallée de la Mejerda (régions de Jendouba, Bou Salem, Tusca et Mactar)(-153/2). Ces conquêtes à répétition au plus près de Carthage provoquent la réaction (attendue?): Carthage se réarme pour contrer l'offensive numide, violant ainsi le traité romano-punique de -201. Rome déclare la guerre à Carthage et détruit de fond en comble la cité d'Hannibal en 146 avant J.-C. Cette intervention violente met aussi un frein d'arrêt à l'expansion numide en Afrique du Nord |
|  Le Monnayage des rois numides |  | Après la défaite définitive de Carthage, sur le champ de bataille de Zama (Tunisie) à l'automne 202, Massinissa put récupérer les terres de ses ancêtres et fonder un véritable royaume numide à partir de la capitale Cirta (auj. la ville algérienne de Constantine). S'inspirant à la fois de Carthage et des royautés héllénistiques du monde méditerranéen, il fit prospérer économiquement la Numidie. Ses monnaies en bronze, au type "Roi numide/Cheval au galop", frappées en abondance tout au long du IIe siècle avant J.-C., reflètent l'expansion économique et commerciale de son royaume. D'après les recherches de Jacques Alexandropoulos, dans son ouvrage "Les monnaies de l'Afrique Antique" paru en 2000, le monnayage numide du roi Massinissa et de ses successeurs (son fils Micipsa notamment) est un système monétaire construit et cohérent dont l'influence carthaginoise est indéniable: le trishekel de 17gr au type "Tanit/ Cheval au pas" est probablement la pièce qui a inspiré l'unité de bronze numide, pivot de l'articulation monétaire du royaume, car son diamètre est identique (27 à 29mm), pour un poids moyen plus léger (14,50gr) avec une iconographie très inspirée de son modèle (tête laurée du roi tournée à gauche/ Cheval au galop à gauche). Enfin, toujours d'après ce chercheur, il semble que le critère essentiel de la classification des bronzes numides soit le diamètre et non le poids, très variable selon les exemplaires conservés. Il écrit p.163: "Manifestement les flans numides n'étaient pas précisément calibrés à l'unité. Il ne s'agissait que d'en obtenir toujours le même nombre d'un poids donné de métal brut, sans que l'on se préoccupe des disparités pondérales d'un flan à l'autre (frappe dite "al marco")". Dans son livre "La monnaie dans l'Antiquité" (1996), François Rebuffat précise p.67: "On devine aisément que le premier mode (frappe dite "al marco") convenait parfaitement pour la frappe d'un métal de faible valeur car des différences de poids, mêmes importantes, à la frappe n'ont qu'une importance minime sur la valeur d'une monnaie en grande partie fiduciaire". Dans le même chapitre, consacré à la préparation des flans monétaires, l'auteur décrit l'une des techniques de leur fabrication, qui nous intéresse ici dans le cas des monnaies numides:"L'autre technique consiste, pour obtenir les flans, à couler le métal en fusion dans des moules en calcaire; mutatis mutandis, ils ressemblent à ceux que l'on a déjà évoqués pour la fabrication des monnaies coulées: ils sont constitués de deux séries de moules hémisphériques qui se replient l'un sur l'autre, reliés par de minces canaux qui permettent leur remplissage. Ils peuvent également être "monovalves" et "composés également de nombreuses cupules juxtaposées, taillées dans une plaque en terre cuite ou en toute autre matière dure". Comme dans le cas des monnaies coulées, il faut faire disparaître des flans ainsi obtenus les tenons qui peuvent subsister." Les corpus de référence des monnaies africaines: L. Müller: "Numismatique de l'Ancienne Afrique" 1860-1874 J. Mazard: "Corpus Nummorum Numidiae Mauretaniaeque" 1955 G.K. Jenkins: Monnaies africaines du "Sylloge Nummorum Graecorum" (collection numismatique du Musée de Copenhague) 1969 Synthèse récente sur la question: Jacques Alexandropoulos: "Les monnaies de l'Afrique antique (400 avant J.-C. à 40 après J.-C.)", Ed. Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2000. Voir en particulier le chapitre "Massinissa et ses successeurs" extrait de la 2e Partie consacrée aux "monnayages des rois numides et maurétaniens" (p.149-171) et les monnaies de cette période illustrées sur les planches 4 et 5 (n°8 à n°28) |
|  Le Cheval, l'emblème de la royauté numide |  | Dans le monde antique, le cheval est l'animal guerrier par excellence. Les corps de cavalerie, généralement placés aux ailes lors des grandes batailles rangées, sont les supports indispensables à l'infanterie lourde (phalange macédonienne, légion romaine...) pour harceler, diviser et poursuivre les forces ennemies. Les monnaies Celtes arborent presque toutes cet animal, monté ou non par son cavalier. En Europe, les grands princes des Ages du Fer sont inhumés avec leur char de combat ou de parade, à deux ou quatre roues. Attelés au char de combat, les biges (paire de chevaux) conduisent les grands chefs militaires (pharaons, princes celtes...) au coeur de la bataille, désordonnant la masse des fantassins adversaires. Le monde berbère n'échappe pas à la règle, et plusieurs siècles avant l'introduction des camélidés au Maghreb et dans le Sahel, le cheval, peut-être importé d'Egypte lors du règne des Hyksos au IIe millénaire avant notre ère, est l'animal utilisé pour les déplacements caravaniers et les combats.
A l'époque héllénistique (IVe-Ie siècles avant J.-C.), les Numides sont employés par l'armée carthaginoise comme d'excellents corps de cavalerie. Lors de la bataille finale de Zama en 202 avant J.-C., qui clôt la deuxième guerre romano-punique, chaque adversaire emploie un corps de cavaliers numides: Massinissa aide l'armée romaine de Scipion pour vaincre Hannibal. L'historien grec Polybe relève même que à un âge avancé Massinissa continuait de monter à cheval: "Il endurait les fatigues que lui imposaient les longues randonnées à cheval poursuivies de nuit comme de jour, sans se ressentir aucunement d'une pareille épreuve" (Livre XXXVI,4, 16-4). Le cheval est donc un élément prédominant de la culture numide. Il est donc logique que les monnaies royales numides honorent cet animal guerrier. |
|  La stèle "au cavalier" d'Abizar (Grande-Kabylie) |  | | Cette stèle figure peut-être ici un dieu-cavalier ou un chef numide. La barbe pointue du personnage rappelle les portraits monétaires de Syphax ou de Massinissa. Le bouclier rond à large umbo central est l'arme défensive des cavaliers numides que l'on retrouve représenté sur les piliers d'angle du premier étage ruiné du mausolée-tour du Khroub. Le javelot est l'arme offensive utilisée en général par les cavaliers du monde antique lors des charges et des affrontements. |
|  Les Mausolées numides |  | | Les mausolées numides sont les monuments les plus emblèmatiques, et les plus visibles par leurs dimensions, de l'architecture funéraire royale. Le plus ancien, et le plus mystérieux, est le Médracen, vaste bâtiment cylindrotronconique à coupole à degrés. Il est daté des années 300 avant J.-C. et sa localisation, non loin de Timgad, vers le massif de l'Aurès, est très marginale par rapport aux coeurs traditionnels reconnus des royaumes Massyles et Masaesyles. Sa forme particulière est typique des caveaux funéraires berbères. On appelle ces monuments des "bazinas", mot berbère signifiant "butte". |
|  Bibliographie | Toutes les illustrations précédentes, et certains commentaires, sont empruntés aux deux grands ouvrages suivants: Serge Lancel "L'Algérie antique", Ed. Mengès,Paris, 2003 Hédi Slim&Nicolas Fauqué "La Tunisie antique", Ed; Mengès, Paris, 2001 Mais aussi aux numéros suivants des "Dossiers de l'Archéologie": n°200 (janvier-février 1995) - "La Tunisie, carrefour du monde antique" n°286 (septembre 2003) - "Algérie antique, de l'époque numide à la conquête vandale" Ouvrages plus anciens: A.Berthier: "La Numidie, Rome et le Maghreb", Ed. Picard, Paris, 1981. G. Camps: "Aux origines de la Berbérie. Massinissa ou les débuts de l'Histoire", Alger, 1960. |
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